L'école du conte
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27
juillet 2006
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Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron,
ce n’est qu’en contant que l’on devient conteur. Du
moins, c’est là mon humble avis. Je conte depuis un peu
plus de trois ans maintenant et c’est le bilan que je fais. Loins
d’être autodidacte, j’ai eu de l’aide sur cette
route du conte qui a été mon école. Il y a des
écoles de musique, des écoles pour comédiens et
même une école pour humoriste, mais il n’y a pas
d’école du conte. Pourtant…
Mon entrée en matière
J’ai débuté par l’écriture.
Lors d’un cours sur le conte et la nouvelle à l’université,
j’ai écrit une nouvelle qui s’est finalement avérée
être un conte contemporain. En m’inspirant de mon travail
dans le dépanneur de mon beau-père, j’ai donc créé
les Contes du dépanneur. Si je n’avais pas lu et écouté
des contes comme La tribu du douzième ou Le poids de la marmite,
je n’aurais jamais pensé faire des contes «qui se
passe aujourd’hui». C’est en lisant Terre des pigeons
d’Éric Gauthier que j’ai compris que l’on pouvait
faire du conte contemporain. Mais l’auteur ne fait pas le conteur,
pas lorsqu’il est question d’oralité.
Vous écriviez? Maintenant, contez!
J’ai commencé par Conte 101, un atelier
d’initiation. C’est Petronella van Dijk qui offrait cette
introduction au monde de l’oralité. Première consigne,
rangez vos textes et racontez-moi vos histoires. Pas facile au début,
mais on comprend vite la richesse et la liberté qu’offre
une parole libre.
Puis, j’ai eu la chance de suivre une classe
de maître avec Guth DesPrez. Celui-ci s’est attardé
à définir ce qu’est le conte et ce que n’est
pas le conte pour lui. Libre à nous d’en faire ce que l’on
veut. Il nous a aussi donné sa définition de ce qu’est
un conteur… et de ce qu’il n’est pas. Encore une fois,
libre à nous d’en faire ce que l’on veut. Cette classe
m’a laissé avec une question à laquelle je devais
répondre : conter ou ne pas conter? Si tu contes, définis
ce que c’est pour toi et fais le bien ou ne le fais pas.
Lors d’une deuxième formation avec Guth,
nous avons travaillé les collectifs : comment enchaîner
différents contes par différents conteurs afin d’offrir
au public un tout cohérent. Un spectacle, c’est comme un
voyage; il faut accueillir les spectateurs dans nos histoires, les accompagner
à travers les hauts et les bas et ne surtout pas oublier de les
ramener à bon port. Suite à cette formation, j’ai
appris l’importance qu’a l’ordre des contes dans
un spectacle et les enchaînements qu’il faut faire,
que ce soit lors d’un collectif ou dans un spectacle solo.
Un peu plus tard, c’est avec Didier Kowarsky
que j’ai continué ma formation. À l’aide d’une
série d’exercices plus bizarres les uns que les autres,
il nous a amenés à comprendre qu’il fallait s’ouvrir
à notre environnement (public, salle, moment présent…)
et à intégrer tout cela dans notre conte. Pour moi, ç’a
été l’occasion de vraiment comprendre ce qu’est
la présence du conteur face au public, l’absence du quatrième
mur que l’on retrouve au théâtre. En fait, l’absence
de murs tout courts, même des murs de la salle! Et puis une autre
leçon que je retiens de cette rencontre avec Didier Kowarsky
: Ça n’a pas d’importance! Façon de
dire que tout ce que l’on apprend, toutes ces techniques et ces
façons de faire que l’on veut perfectionner et maîtriser
pour être de bons conteurs, lorsque vient le moment de prendre
la parole et de conter, il faut les oublier et ne pas les laisser nous
ralentir dans ce que l’on fait.
Avec Jihad Darwich, porteur des Milles et une nuit
et maître des Nasr Eddin Hodja, j’ai appris à épurer
mes histoires. C’est bien pour le conteur de savoir que le roi
porte un grand manteau rouge certi de fourrure et qu’il à
une couronne d’or avec septs émeaurdes, mais si cela ne
sert pas l’histoire, nul besoin de le dire dans le conte. En fait, il faut aller à l’essentiel.
J’ai eu la chance d’écouter Michel
Faubert parler de sa pratique du conte et du folklore lors d’une
rencontre de deux jours. Ce n’était pas une formation,
mais un témoignage et un partage. Michel a appris d’un
conteur, Ernest Fradette. C’était fascinant de rencontrer
un conteur qui avait appris d’un autre conteur. Mais au-delà
de ce que Monsieur Fradette lui à transmit, Michel Faubert nous
a parlé de toute son enfance et de son parcours d’homme
et d’artiste, de tout ce qui l’a amené à conter
ce qu’il conte et comment il le conte. Ce n’est que quelques
mois après cette rencontre que j’ai compris la (ma) leçon
de cette fin de semaine : on conte ce que l’on est, on est
ce que l’on conte. Je ne sais pas si c’est ce que Monsieur
Fradette a transmis à Michel Faubert, mais c’est en tout
cas ce que Michel m’a transmis à moi.
Ma rencontre avec Dan Yashinsky a aussi été
une occasion d’approfondir ma vision et ma pratique du conte.
C’est d’abord la générosité de Dan
qui m’a frappé. Il partage ses histoires et son expérience
d’une façon contagieuse. Cet homme donne le goût
de conter, de conter plus et de conter mieux. Son livre «Suddenly
they heard footsteps» devrait être le livre de chevet de
tous ceux qui s’intéressent à la pratique du conte.
Je ne peux pas résumer ici tous les aspects du conte et de sa
pratique qui y sont abordés, ce serait trop long. Dans ses écrits,
Dan est aussi généreux qu’en personne et sa passion
est contagieuse.
En fin de conte
Voilà ce qui a été (jusqu’à
présent) mon école du conte. J’ai eu la chance d’aller
à cette école… qui n’en est pas une. J’ai
suivi des ateliers, lus des livres et fais (presque tout) mes devoirs.
Et vous savez la meilleure? C’est qu’il n’y a ni tests
ni d’examens à cette école, pas même de diplômes.
Le seul vrai test qu’un conteur passe après ces formations,
c’est devant le public. S’il est bon, s’il s’est
amélioré, il le sait. Et la remise des diplômes
se fait après le spectacle, lorsqu’une dame ou un monsieur
vient vous serrer la main et vous dit : C’était ben bon,
j’ai ben aimé ça!
Marc-André Caron, conteur
Gauthier, Éric. Terre des pigeons, Planète Rebelle, 2002
Yashinsky,
Dan. Suddenly They Heard Footsteps: Storytelling for the Twenty-First
Century, Knopf Canada, 2004

© Marc-André
Caron 2008